Voix d'Afrique N°82.....

LES CERCLES DE SILENCE
Action de soutien
envers les sans-papiers
Nous ne cherchons pas des résultats rapides : nous sommes engagés dans un changement de l’opinion publique, qui prend du temps. Dans cette lettre, nous disons pourquoi nous voyons la plus grande urgence à continuer notre cercle de silence à Toulouse.

Dans le silence, se préparer intérieurement à s’engager plus à fond pour le respect des êtres humains.
“Rappelez-vous le visage de l’homme le plus pauvre et le plus faible que vous ayez rencontré, et demandez-vous si l’acte que vous envisagez lui sera utile. Va-t-il y gagner quelque chose ? Cela va-t-il lui rendre le contrôle sur sa propre vie et sur sa destinée ? Alors vous verrez vos doutes et votre moi se dissiper”
Gandhi


Les Frères Franciscains et le Cercle de silence de Toulouse

Depuis le 30 octobre 2007, tous les derniers mardi du mois, de 18 h 30 à 19 h 30, des Frères Franciscains et des membres de la famille franciscaine toulousaine se retrouvent place du Capitole, en silence et en prière, pour dénoncer l’enfermement par le gouvernement dans des centres de rétention des personnes étrangères en situation irrégulière. Nous dénonçons d’une part l’enfermement de personnes pour le seul centre de rétention de Cornebarrieufait d’être entrées en France pour vivre mieux ou pour sauver leur vie. D’autre part, nous tenons à manifester notre inquiétude devant les conditions de détention elles-mêmes : le centre de rétention de Cornebarrieu, ville de la banlieue de Toulouse, apparaît comme un véritable camp retranché.

La cour où peuvent s’amuser les enfants est encore doublement sécurisée à tel point que de grandes plaques métalliques ont été posées afin d’éviter tout regard extérieur. S’agirait-il de personnes à ce point dangereuses pour nous ? Notre silence et notre prière veulent rejoindre les sans-papiers, ceux qui font la loi et ceux qui la font appliquer, ainsi que tous les acteurs que nous sommes, chacun à notre échelle.
Saurons-nous trouver des solutions plus respectueuses de l’être humain et de tous ses besoins, ceux des enfants notamment ?

Comme Frères de saint François d’Assise et au nom de l’Evangile, nous ne pouvons laisser faire cela. Par ce geste nous voulons apporter notre contribution au travail mené, sur le terrain et auprès des décideurs publics, par différentes associations dont nous saluons les actions.
Ces problèmes sont mondiaux et complexes: beaucoup nous ont interpellés sur ce point. Nous ne prétendons pas avoir la solution. Mais aujourd’hui nous pensons que nous pouvons aller plus loin ensemble et que le chemin passe par le respect de la dignité de toute personne humaine. Telle est fondamentalement notre espérance. Elle passe par une réflexion collective qui nous concerne tous.

Nous invitons toutes les personnes de bonne volonté, croyants ou incroyants, à nous rejoindre dans le silence.

Les Frères Franciscains de Toulouse
(24/02/08)

Aux participants
des Cercles de Silence. Septembre 2008

Le 30 Octobre 2007, nous commencions très modestement un Cercle de Silence sur la Place du Capitole à Toulouse.
« Combien de temps allez-vous faire cela ? » nous demandait-on ; nous répondions : « Autant de temps qu’il y aura un sens à continuer ».
Peu après on nous a demandé : « Quels sont les résultats ? » Nous avons rappelé alors que nous étions engagés dans une action pour éveiller et réveiller des consciences sur des évènements qui détruisent ce qu’il y a de plus précieux dans l’être humain, son humanité. Destruction chez les étrangers, victimes évidentes, et destruction à l’intérieur de ceux qui acceptent d’être injustes ou méprisants. Nous sommes engagés dans un changement de l’opinion publique. Nous observons certaines réactions plus positives à l’égard des sans-papiers. (...)


Cercle de Silence de Paris (Jeudi Saint 2008)

Nous ne cherchons pas de résultats rapides et mesurables, nous travaillons pour un changement durable d’attitude à l’égard des étrangers. Nous espérons apporter notre petite pierre à un débat national qui a besoin de se faire. Nous invitons nos concitoyens à prendre le temps d’écouter en eux-mêmes les exigences de leur conscience par delà les peurs. (...)

Environ 60 Cercles de Silence se réunissent en France actuellement. Ils ont des formes différentes, des dates variées, des revendications distinctes. Ils regroupent des citoyens de tous horizons. Il nous semble qu’ils restent tous marqués :

- par un même souci de rester collé à la réalité des Centres de Rétention Administrative (CRA) où la dignité humaine est mise en danger ;
- par un même objectif : aider nos concitoyens à prendre conscience de la réalité de l’enfermement ;
- par une même certitude qu’il existe des solutions alternatives à l’enfermement d’étrangers en situation irrégulière. (...)

Après ces 11 mois, nous pouvons dire ce que nous avons vu et entendu :
Le silence n’est pas seulement une stratégie pour se faire entendre, mais un chemin pour une transformation :
- le silence permet à toute personne de nous rejoindre, en de-hors des mots vides ou qui sépa-rent ;
- le silence permet à des citoyens jusque-là très éloignés de tout engagement et de toute revendication sociale de faire un premier pas. Ils se questionnent sur « Que vivent ces personnes à ma porte ? Quelle est ma propre responsabilité ? Puis-je laisser faire cela ? »
- le silence sert également de pré-paration intérieure à des formes plus radicales d’engagement :
« Jusqu’où va notre cohérence entre notre désir de justice et les conséquences que nous nous sentons prêts à assumer dans notre quotidien ? »

Nos convictions sont :
1°- La force d’un Cercle de Silence réside dans la qualité du Silence, dans sa vérité, qui interroge les membres du Cercle et ceux qui passent. Si la qualité de ce Silence est difficile à maintenir, peut-être est-il possible de tenir durant 30 minutes seulement. A notre avis, moins que cela nuirait à son efficacité.
2°- Ceci suppose donc qu’il y ait autour du Cercle des documents explicatifs de l’action, et deux ou trois personnes pour donner des explications complémentaires, sans gêner le silence.
3°- C’est le Silence et notre écoute ensemble de notre commune humanité qui nous unit, quelles que soient nos situations politiques, économiques ou d’âge. Que nous soyons animés par une foi en Dieu, quelle qu’elle soit, ou que nous soyons incroyants ou athées, nous partageons la même humanité et nous voulons qu’elle soit respectée. Nous nous respectons les uns les autres.
4°- La force de la non-violence requiert de tous les membres du Cercle, d’écrire, de parler, de se comporter en respectant profondément ceux dont nous combattons les choix, les décisions ou les actes. C’est une question de cohérence pour chacun d’entre nous, et c’est ce qui agrandira le nombre de ceux qui agiront pour faire cesser l’enfermement des étrangers sans papiers et les dérives qui l’accompagnent.
5°- Des propositions concrètes faites à l’issue des Cercles de Silence (pétitions, accompagnement au tribunal, etc... ) aident les participants à concrétiser la force et la clarté trouvées dans le silence vécu en commun.

Les Frères Franciscains de Toulouse
Pour plus d’ information
sur les Cercles de Silence

www.franciscainstoulouse.fr
franciscainstoulouse@orange.fr


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