Chidi Nwamadi
est originaire du Nigeria.Il est étudiant à Toulouse et se prépare à la vie missionnaire.Nous l'avons rencontré. Il nous raconte son cheminement.
Chidi : Le Miséricordieux
Dans les faubourgs palestiniens de Jérusalem, il est connu comme "le loup blanc" ! Les gamins l'ont vite adopté, Abou Samrah, le Père Noir ; il joue au football avec eux, les entraîne au jeu collectif, à l'honnêteté, à la vie en équipe : ce n'est pas évident dans le contexte de guerre et d'insécurité entre juifs et arabes.
Le "Père Noir" vient du Sud-Est du Nigeria. Son nom : Chidi, signifie "Il fait miséricorde" dans la langue locale. Il est de la troisième génération chrétienne, son père est professeur des écoles ; sa mère s'occupe de la grande famille tout en tenant un petit commerce de fruits et légumes au marché local. Chidi grandit dans une ambiance de sérieux et d'ambition, c'est dans la tradition de la famille. Il n'y a rien d'extraordinaire à ce qu'il décide de devenir missionnaire. Chez lui, le clergé est totalement africain. Les Pères Blancs sont plutôt connus de réputation : "Toi, Chidi, Père Blanc ? tu n'y arriveras pas, c'est trop dur !" Il n'en faut pas plus pour le décider.
Tous ses frères sont étudiants, le séminaire diocésain est prospère, mais Chidi n'aime guère les sentiers battus : il préfère l'aventure !
Et le voilà parti pour Ibadan, à 1000 km, l'autre bout du "géant de l'Afrique". Il a vingt ans en 1997 lorsqu'il fait ses premiers pas dans la formation en vue du sacerdoce : il n'est pas ce qu'on appelle un intellectuel, mais la philosophie lui plaît quand même. Ses études le conduisent à Tamalé, au Ghana, et puis, c'est le grand voyage : l'avion jusqu'à Dar-es-Salaam, puis deux jours de train à travers la Tanzanie. C'est l'année spirituelle. Pour la première fois, il vit avec une quinzaine de jeunes venus d'Ouganda, de Zambie, du Burkina Faso, mais aussi du Canada, d'Inde et des Philippines. Son cœur s'ouvre aux dimensions du monde entier, l'Afrique et encore plus loin ; le cœur de Dieu que nous révèle le Christ s'étend au-delà de toutes les frontières.Jérusalem
Mais la surprise est grande lorsqu'il se voit nommé… à Jérusalem pour les deux ans de stage missionnaire. Jamais il n'aurait imaginé qu'il serait parti vers la ville mythique, celle de la Bible, le lac de Génésareth, les lieux des miracles et de la prédication de Jésus de Nazareth, le Jardin des Oliviers et le Golgotha. Les Pères Blancs gardent l'Eglise Ste Anne, construite du temps des croisades sur le lieu de la Nativité de Marie, la piscine probatique de Béthzatha, près de la Porte des Brebis (Jean ch.5).
Le voyage était prévu pour le 11 septembre 2001, date mémorable ! Il est retardé de dix jours pour la raison que l'on sait. Il arrive sans encombre dans la grande communauté ; il fait sa place parmi les missionnaires chevronnés qui s'occupent de rencontres, d'œcuménisme, d'animation spirituelle et d'études de la Bible. C'est là que sont organisées les sessions et les retraites pour les missionnaires et les religieux qui désirent se ressourcer.
Sous sa fenêtre, la police Israélienne patrouille souvent ; les muezzins appellent à la prière ; la kippa croise le keffieh dans les rues, les ânes trottinent à côté des camionnettes et des Mercedes. Jérusalem, la ville de la Paix, le lieu de la rencontre des nations…
Rencontres des pauvres
Chidi apprend le français et l'arabe, par l'étude et à travers les rencontres. Après quelques semaines il travaille dans une maison pour enfants orphelins ou issus de familles désunies, victimes innocentes des conflits. Pendant plus d'un an, il va servir régulièrement les malades en phase finale comme aide soignant. Arabes et juifs vivent ensemble : la souffrance ne connaît pas de frontières et l'approche de la mort fait tomber les préjugés et les conflits.
Il se lie d'amitié avec Déla une vieille juive moscovite en phase terminale ; en voyant Chidi, elle avait appelé une infirmière pour lui demander, en montrant ce jeune nigérian qui la soignait : "Pourquoi il est noir, celui-là ?" La seule réponse possible : un immense rire des infirmières et des malades.
Plusieurs fois par semaine, il les soigne, les lave, parle avec eux, leur apporte des nouvelles et écoute leurs histoires. "J'étais malade, et vous m'avez visité…"
Ses amis sont aussi les enfants arabes d'une banlieue proche. Ils sont d'abord surpris de voir un noir les saluer, leur apporter un ballon de foot, un vrai ; il devient vite le grand ami qui rit et joue avec eux, écoute leurs problèmes, devine leurs souffrances et sait leur rendre la joie de vivre. Chidi les aime bien, car ils parlent un arabe très simple et n'ont pas peur de rire quand il écorche la grammaire. Ils n'ont pas tardé à lui donner un nom : Abou Samrah, le Père Noir. Spontanément ils l'adoptent comme entraîneur de leur équipe de football.La Paix, une Espérance Forte
C'est là l'école de la mission. Chidi, Abou Samrah est maintenant à Toulouse ; il a repris les livres et suit les cours de théologie à l'Institut Catholique. Il réfléchit sur son expérience, sur ses racines africaines, ses rencontres des victimes de conflits, et la Bonne Nouvelle, la Paix plus forte que la guerre, l'Amour révélé par Jésus Christ qui fait tomber toutes les divisions. Son rêve : retrouver ses amis de Jérusalem, pour être avec eux un artisan de Paix.Gérard Guirauden
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