Voix d'Afrique N°100.

Diaconia 2013
Tous bâtisseurs de fraternité


La foule des délégués dans la basilique Saint Pie X



Depuis 2010, la démarche Diaconia a invité les catholiques de France à « servir la fraternité », en s’engageant dans la charité et en redonnant une place aux personnes en situation de fragilité, proches ou lointaines, sur les bancs des églises. Elle a mobilisé les associations caritatives, les diocèses, les communautés religieuses et autres acteurs d’Église avec pour objectif cette « charité, vraie religion » chère au cœur de Jean Rodhain.

Du 9 au 11 mai derniers, à Lourdes, le rassemblement national “Diaconia 2013“ a ainsi mis la parole des pauvres à la première place dans l’Église en France. Douze mille personnes sont venues de tous horizons géographiques, mais aussi économiques et sociaux pour cette rencontre.

D’après Trois jours de célébration

Pour cette rencontre, la solida-rité organisée au sein des diocèses eux-mêmes a permis la participation de plus de 3 000 personnes en situation de grande précarité.

Le matin du jour de l’Ascension, le groupe “Place et parole des pauvres”, a ouvert le rassem-blement Diaconia. L’une des membres, Marie-France, témoigne : « Je me rappelle que sur la porte d’une église, il y avait un tag : « Ouvrez les portes. Dieu est à tous. » C’était comme un appel pour l’Église à une autre dimension, une manière de suivre le Christ dans sa manière à Lui d’être avec les plus pauvres. » Alain, lui, déclare : « Quand on voit les plus riches, quelquefois on a la haine. Il faut arriver à se dire : ils sont comme nous, ce sont des êtres humains. La réconciliation et le pardon, c’est le chemin de la fraternité. » Et Laurence : « Une manière dont le Christ se met au service des autres, c’est de leur donner la parole. La charité que j’attends, c’est un partage plus qu’un don ».

Les jeunes, eux aussi, s’associent à la démarche et disent leur volonté de relever le défi de la fraternité : « Nous souhaitons vous inviter, nous inviter, à vivre pleinement et intensément cette fraternité, et pas seulement pendant le rassemblement. Nous voulons qu’elle soit au cœur de nos vies et que nous en soyons, ensemble, garants. Dépassons les clichés que nous avons les uns vis-à-vis des autres. Faisons en sorte que nos différences nous apparaissent comme des richesses grâce aux rencontres que nous allons faire ici. Déplaçons-nous, chacun dans nos représentations sur les jeunes, sur les pauvres, sur les personnes âgées, sur les migrants etc., pour que le mot « frère » prenne tout son sens. Ensemble, nous relevons le défi de la fraternité. »
Pour sa part, Mgr Bernard Housset, Président du Conseil National pour la Solidarité, a ponctué ces interventions comme une validation de l’engagement de l’Église en France à changer son regard.

L’après-midi, à la fin de la messe de l’Ascension présidée par le Cardinal Sarah, président du Conseil pontifical Cor unum, Mgr Bernard Housset a lu le message d’encouragement du Pape François à Diaconia : « En s’associant avec les plus pauvres, il s’agit de redécouvrir des expériences prophétiques et pleines de sens. L’Église est donc appelée à être dans le monde le signe de la bonté, de la compassion et de la tendresse paternelles de Dieu pour chaque personne. C’est par ce témoignage que les chrétiens coopèrent à la Nouvelle Évangélisation. »

Quarante et un forums organisés simultanément le vendredi matin, dont certains ont mobilisé plus de 500 personnes, ont donné un début de réponse dans des propositions ou suggestions. Les sujets ont couvert tous les grands domaines de société : l’art, l’emploi, l’économie et la finance, le logement, la précarité, la justice, la place des femmes, l’immigration, l’éducation, le handicap, la santé, le vieillissement, le deuil… Ces animations et forums ont présenté également l’action des personnes en situation de précarité, ainsi que celle des jeunes contre l’exclusion.

Ce vendredi, en début d’après-midi, un Freeze Mob (manifestation où tout le monde s’immobilise pour quelques minutes) a été mis en scène avec 300 jeunes et les 20 000 participants à Diaconia et pèlerins présents à Lourdes. Ils ont été invités à former des sculptures humaines sur le thème de « la fraternité contre l’exclusion », conclu par un Ave Maria de Caccini chanté devant la Grotte.

Le dernier temps du rassemblement, samedi matin, a permis de faire la synthèse de ce qui a été vécu. A partir de la très grande richesse des rencontres, c’est à chaque participant de porter le témoignage dans son diocèse et d’y faire vivre la fraternité. Le travail effectué dans les forums et les différentes animations a permis la rédaction du message final du rassemblement, qui en appelle à « une société où l’attention au pauvre guide toutes nos actions ».

Quel message pour demain ?

Diaconia 2013 voulait montrer que chacun a une place dans l’Église, et que la parole de tous, même les plus pauvres, a de l’importance. « « Personne n’est trop pauvre pour n’avoir rien à partager. La fraternité n’est pas une option, c’est une nécessité. », lançait, dès le premier jour, Mgr Bernard Housset, évêque de La Rochelle et Saintes.

DiaconiaLe message final du rassemblement, à la messe du samedi matin, a présenté des engagements forts. Rédigé sur la base des échanges qu’ont eus les 12 000 personnes présentes, « de toutes origines et de toutes conditions, représentant des centaines de milliers de chrétiens engagés au service de leurs frères », il a permis de souligner que « chacun a été entendu dans sa singularité ». « Ceux qui souffrent, malades, handicapés, personnes seules ou abandonnées, sans domicile ou mal logées, chômeurs ou précaires, divorcés, remariés ou non, salariés en souffrance ou menacés dans leur emploi, jeunes sans perspectives d’avenir, retraités à très faibles ressources, locataires menacés d’expulsion, tous ont pris la parole. »

Mgr Bernard Housset a encore insisté : « S’il y a une réalité qui a émergé c’est bien que les personnes en situation de précarité sont capables de prendre la parole ».Il invite d’ailleurs les chrétiens à ne pas laisser les habitudes passées reprendre le dessus : « Il faudrait qu’il n’y ait plus de sans-voix dans l’Église. Tous, même les plus pauvres, doivent pouvoir s’exprimer par eux-mêmes. » Il s’agit de « faire bouger les lignes pour que les paroissiens portent un regard différent sur les personnes en situation de précarité » explique Marc Potelon, un délégué du Secours Catholique.

Il faut continuer le travail débuté depuis trois ans pour créer des liens entre les acteurs de la solidarité et rejoindre les personnes les plus pauvres afin qu’elles prennent leur place dans notre communauté catholique et dans la société. « Ensemble, osons le changement de regard sur les plus fragiles. Abandonnons un regard qui juge et humilie pour un regard qui libère. Nous n’avons pas de “prochain” clé en main. La proximité se construit chaque jour. Ensemble, osons le changement d’attitude au sein des communautés chrétiennes pour que les pauvres y tiennent toute leur place. Ensemble, osons le changement de politiques publiques, du local à l’international. Que les décisions prises visent à prendre en compte la situation des plus fragiles dans le respect, la justice et la dignité. »

Il faut que « que cette démarche Diaconia, qui est un chemin de fraternité concrète, d’approfondissement de la foi, et de discernement spirituel, puisse atteindre le plus de chrétiens possible », dit encore Mgr Housset. « Tous, qui que nous soyons, nous pouvons trouver notre bonheur dans le service des autres et notamment des plus fragiles. Ceux-là ne veulent plus être considérés comme des assistés, mais comme des partenaires, c’est pourquoi nous cherchons à promouvoir la réciprocité des échanges. Les personnes en situation de fragilité ont des richesses à partager. Ils ne veulent pas simplement recevoir une aide, un sourire ou une attention, ils veulent aussi donner. Et ils ont beaucoup à nous donner. »

D’après des sources diverses
Voix d’Afrique


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