Session sur la non-violence donnée à Mours en mai 2008
Entrer dans l’Evangile
........................pour sortir de la violence
On va à cette session en pensant qu’on est plutôt du genre non-violent. On en revient après avoir compris plusieurs choses. Par exemple que la passivité, le fait de fuir les conflits, de laisser tomber pour avoir la paix, ce n’est pas de la non-violence. On réalise aussi que nous avons toujours en nous-mêmes, la plupart du temps sans nous en rendre compte, des germes de violence qu’il est important de savoir connaître et reconnaître, parce que cette violence en nous peut toujours éclater un jour.
C’est, bien sûr, le genre de session où l’on doit se mettre en cause. D’ailleurs la façon qu’avaient Ariane et Benoît de mener cette session nous amenait presque naturellement à nous mettre en cause. Leur animation avait quelque chose
de très direct, avec des témoignages parfois très personnels.Quand on pense à la violence, on pense facilement à des gestes, des paroles qui ont un caractère de brutalité. Mais il y a d’autres façons d’être violent, des façons parfois sournoises, presque invisibles, mais bien réelles.
Des “jeux de rôles” nous aidaient aussi à dénicher la violence dans la vie quotidienne. En groupes de 6-8 on mime des cas de violence avec leurs éventuelles réponses. Avec l’animateur ou l’animatrice on prenait le temps d’analyser ce qui avait été ainsi mimé. C’est à la fois amusant et très instructif…
Quand commence la violence ? On réalise que la racine de la violence se trouve à la fois dans le regard naturellement si bienveillant qu’on porte sur soi-même, et dans le regard en général si critique et malveillant qu’on porte sur l’autre, sur les autres…
En quelques phrases, on ne peut pas résumer le contenu et les fruits de cette session. Mais le présent tableau - qui faisait partie d’un document qui nous a été remis - portant sur les quatre réponses à la violence avec leurs raisons, leurs moyens, leur objectif final, pourra vous donner une idée de ce que nous avons travaillé pendant ces trois jours pleins.
1 - La passivité:
On veut refuser la violence, alors on la fuit, on laisse tomber… C’est bien ce qu’on peut faire parfois en
communauté “pour avoir la paix”. Mais alors on ne change rien, on ne fera jamais évoluer une situation.
La passivité n’est pas de la non-violence. On ne fait rien contre la violence, puisqu’on la fuit…
2 - La contre-violence :
Elle n’est évidemment pas une bonne solution. Souvent, elle risquera même de déclencher une escalade de
la violence.
3 - La non-violence tactique :
Par contre, celle-ci a quelque chose de tentant… Il n’y a aucune violence physique, mais on fait tout pour
convaincre. « Nous cherchons à établir un rapport de force favorable, pour faire passer ou imposer nos
idées. Pour ce faire, nous utilisons la contrainte, mais sans violence physique »
(Benoît et Ariane Thiran-Guibert, Entrer dans l’Évangile pour sortir de la violence, p. 115)4 – La non-violence active :
C’est la véritable non-violence. En poussant l’analyse, on se rend compte qu’il faut tout un chemin pour y
arriver. C’est bien la seule non-violence qui soit susceptible de provoquer un changement de situation et
d’arriver à un dialogue, à une vraie rencontre.
Il faut tout un chemin, on pourrait dire toute une spiritualité, pour arriver à la non-violence active. La session
avait d’ailleurs commencé par une réflexion sur la non-violence de Jésus à partir de quatre textes des évangiles :
« Il a été dit : oeil pour oeil, dent pour dent…Moi je vous dis de ne pas rendre le mal au méchant ».
Là, il y a plus que la loi du talion qui voulait limiter la vengeance. Il s’agit bien d’une autre attitude, on
change de registre. C’est presque toujours la victime qui a le pouvoir de casser le mécanisme de la violence
« Il vous a été dit : tu aimeras ton prochain, tu haïras ton ennemi. Moi je vous dis : aimez vos ennemis et
priiez pour ceux qui vous persécutent ».
L’amour de l’ennemi est le top de la non-violence. C’est la seule force capable de casser la spirale de la
violence, pour arriver à une relation positive.
« Simon, j’ai quelque chose à te dire : si cet homme était prophète… » (Luc 7, 36-44).
Jésus invite Simon à changer de regard sur cette femme. Changer son regard sur les autres et sur soimême
est à la racine de la non-violence active… La roue du changement de regard…
La roue du changement de regard est un petit
instrument très astucieux que les animateurs
utilisaient beaucoup.
Sur un axe fixe “moi l’autre”,
........................le reste peut pivoter.
........................La partie claire = transparence.
La partie hachurée = manque de transparence.La “Femme adultère” (Jean 8, 1 sv.).
Situation de violence : lapider cette femme. Violence sur Jésus, un piège pour l’accuser…
Que fait Jésus ? Il ne répond pas, il écrit sur le sol (il crée un temps de vide..). Quand il se relève, il ne
les humilie pas, mais les renvoie à leur conscience : « Que celui qui n’a pas péché…)Chaque soir, en fin de journée, nous avions ensemble une petite liturgie avec des gestes symboliques qui convenaient au thème de la journée.
C’était une très bonne session, capable de nous éclairer sur le concret, le quotidien de notre vécu dans nos communautés.
Joseph Perrier M.Afr.* * *
Entrer dans l’Evangile pour sortir de la violence
BENOÎT & ARIANE THIRAN-GUIBERT
FIDÉLITÉ, 2006, 215 pages, 16,95Benoît et Ariane Thiran-Guibert ont écrit un livre : Entrer dans l’Évangile pour sortir de la violence, aux Éditions “Fidélité”, Namur – Paris. La préface est de Jean Vanier.
La conclusion de cette préface convient très bien à ce que nous avons vécu durant cette session : « En chacun de nous, il y a des zones de peur et de ténèbres qui nous font répondre par la violence à des agressions. Si nous répondons à la violence par la violence, si nous entrons dans le cycle de la violence, il y a toujours un gagnant et un perdant ; la spirale de la haine continue.
Il y a cependant d’autres formes de violence en chacun de nous dont il est temps de prendre conscience. Ce sont toutes ces violences cachées derrière nos préjugés, nos sentiments de supériorité, d’élitisme ; nos refus d’écouter certaines personnes et de les considérer comme des personnes. Ces violences cachées sont plus dangereuses, justement parce qu’elles sont cachées ; elles peuvent éveiller la violence chez ceux qui se sentent infériorisés. Il faut demander de l’aide, peut-être aussi suivre une des sessions d’Ariane et Benoît pour détecter ces violences et se libérer de leur pouvoir ».
Texte et photos tiré du Lien 249
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